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Les pensées profondes du Père Frechette

Dans cette lettre le Père Richard Frechette, chef de mission pour NPFS Haïti, raconte ses péripéties vécus lors d'une des tournées d'aide aux familles les plus démunies, après le passage dévastateur de l'ouragan Matthew

"Chers amis,

 

Au cœur de la toute dernière heure du rythme journalier de prières, à la fois dans les rites très anciens et contemporains rites de la liturgie; Nous retrouvons le psaume 91, en particulier ces lignes : « Car il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies. Ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne se heurte contre une pierre ». Ps. 91:11-12.

 

J'ai appris quelques significations plus profondes de ces mots au cours des dernières semaines. Soyez tolérant pendant que j'essaie de vous expliquer. Depuis le jour où l'ouragan Matthew a frappé Haïti il y a trois semaines de cela, je suis monté dans de nombreuses caravanes à terre et sur la mer par bateau avec notre équipe pour apporter de l'aide à tous ces gens que nous connaissons à travers le pays. Les histoires de ceux que nous rencontrons rempliraient des volumes. Hier nous sommes rentrés d'un beau mais difficile voyage à Maniche. Demain, nous partons pour la Gonâve. J’ai voyagé par les airs juste une fois au cours de ces semaines dans un hélicoptère afin d'apporter de la nourriture à un endroit distant nommé Baraderes.

Contrairement à nos équipes médicales qui travaillent à Jérémie et Dame Marie, je n'avais pas remarqué la grande étendue de destruction dans le sud d'Haïti par avion. Ainsi, j'ai décidé la semaine dernière de partir en reconnaissance par hélicoptère. Je savais que ce serait troublant et triste de voir les dégâts d’en haut, mais j'étais sûr que je gagnerais encore plus en observation et par conséquent en matière d'idées pour ce qui est de la manière d'aider. Comme cela n'a pas été un voyage d'affaires et que nous n'aurions pas déchargé du riz ou dû combattre des foules affamées, j'ai pris la décision de pourvoir les quatre sièges restants dans l'hélicoptère avec quelques-uns de nos nombreux employés handicapés physiques : ceux qui ont perdu un membre ou l'utilisation de leur membre lors du séisme de 2010. Ce sont des membres exceptionnels de notre équipe. Ils ont surmonté la tragédie qui les a sévèrement blessés il y a sept ans et ce sont des gens phénoménaux en raison de leur souffrance, leur sacrifice et leur espoir. Ils travaillent très dur et apportent à notre équipe l'esprit de détermination et d'héroïsme. En raison des limites de leur équilibre et de leur endurance, ils ne sont généralement pas invités sur les missions en cas de catastrophe. Je voulais donc donner à certains d'entre eux une chance de faire un tour en hélicoptère et de survoler la tragédie, une fois de plus. Cette fois-ci, en tant que passagers et non pas comme des victimes.

 

Il y a une semaine, nous y sommes donc allés bien attachés planant d'abord au-dessus de la grande capitale, Port-au-Prince, puis au-dessus de la grande mer bleue. Je me suis assis avec Andres, le pilote, qui a dû me relier pour que je puisse l'écouter lui ainsi que la tour de contrôle. Au bout d'environ 20 minutes de vol, il m'a dit que nous étions à six mille pieds et que nous luttions contre un fort vent qui nous venait d'en face. Alors que je regardais la beauté de la côte turquoise et les montagnes d'un vert profond.

 

Je commençai à rêver tout éveillé. Je me suis souvenu comment quarante ans plus tôt, mon frère Kevin, qui est pilote d’hélicoptère, s’est envolé pour New York durant une journée ensoleillée d’automne pour m'emmener loin d'un séminaire et de me ramener à la maison pour quelques jours. Les arbres font penser à des flammes avec leurs couleurs brillantes et définitives en dessous de nous. C’était spectaculaire. Mais pas une façon habituelle de rejoindre le Connecticut afin de voir papa et maman. En fait, cela semblait prétentieux de voyager de Long Island, à Hartford en hélicoptère, comme dans une scène exagérée de « Gatsby Le Magnifique ». Cela était pourtant amusant Mais aussi éducatif. Kevin a expliqué comment fonctionnait l'hélicoptère et je me souviens surtout qu’il a souligné l'utilité des ailes sur un avion : si les moteurs lâchaient, nous pourrions encore accomplir un atterrissage avec plein d’espoir. Cela ne se passerait pas de la même façon avec un hélicoptère. Une défaillance mécanique présagerait une catastrophe. J’ai regardé la mer au loin, désolé que mon esprit ait erré jusqu'à quelque chose de si désagréable qu’un hélicoptère qui se crashe alors que j'appréciais les profondeurs turquoise.

 

Tout à coup l’hélicoptère semblait lutter contre quelque chose. Andres commençait à transpirer. Il éteint le micro dans lequel il parlait pour s'adresser à moi afin que je ne puisse pas entendre quoi que ce soit et je l’ai observé du coin de l’œil, parler avec force à la tour de contrôle. Nous avons tourné. Nous commencions à descendre. Je voulais demander à Andres ce qui se passait, mais curieusement, j’ai pensé que cela ne me regardait pas. Le déni a été d'une aide précieuse en tant que "premiers soins". Peu importe ce que je ne savais pas, je savais que nous n’étions pas à la recherche d’un Starbucks. , j’ai pris mon chapelet bien usé et ai prié pour me calmer. C’est à la fois digne mais aussi la meilleure médication. Peu de temps après, Andres s'est reconnecté à mon casque, Et m’a dit que l'un des deux moteurs de l’hélicoptère avait un problème et que nous devions faire un atterrissage d’urgence. « Sainte Marie, mère de Dieu ! » ...

Vous connaissez le reste de la prière. La discussion avec la tour de contrôle a été un peu agitée. Ils ont été pris de panique, alertant les autres aéronefs, avertissant d’un incendie, etc... Andres avait finalement dû demander à la tour de contrôle de rester calme ou de le laisser livré à lui-même. Il a dit qu’il ne pouvait pas se permettre d’avoir peur ou même de commencer à paniquer et que la tour de contrôle lui communiquait son stress. Il a demandé à la tour de rester calme et de se contrôler ou d'éteindre la radio. Il était convaincant mais cordiale. Ça a marché. Andres a insisté sur le fait qu’il pouvait atteindre la piste d'atterrissage de l’aéroport. Il a continué à tenir la tour informée de sa position: 11 km de distance, altitude de 5000 pieds. 7 km de distance, altitude 4000 pieds. 3 km, 3000 pieds d’altitude.

La tour a demandé s’il était sûr de pouvoir atterrir sur la piste et il a dit qu’il en était convaincu. À 2km, la tour a demandé «Combien de personnes sont à bord ?». Il a répondu «Six». La tour a dit : « Quand vous débarquez ils doivent être prêts à courir en cas d’incendie.». Il y eût une pause. Andres a dit, «Quatre d'entre eux ont seulement une jambe, et le prêtre n’est guère un sprinter.». La tour restait silencieuse. «Veuillez répéter. Nous ne pensons pas vous avoir correctement entendu. ». Andres : «Vous avez bien entendu. Terminé. ».

La piste était en vue. Un, deux, trois, et les camions de pompiers étaient toujours prêts à venir à notre rencontre sur la piste d'atterrissage. Je continuais d'égrener. Puis j’ai récité cette prière : « Cher Dieu, pour la sixième fois depuis tant de décennies de ma vie, je suis prêt à mourir si le moment est venu. Si c’est le moment, je l’accepte. J’accepte, mais je ne comprends pas. Pas avec tout le travail qui doit être fait, surtout maintenant. Mais je dois aussi vous dire ceci. Je n’accepte PAS le fait d'avoir invité ces quatre amis afin d'avoir une nouvelle aventure, pour une fois dans leur vie, Et cela, après la tragédie qu'ils ont déjà une fois dû affronter ils vont mourir aujourd'hui dans une explosion de fumées, à la vue de tous à l’aéroport. JE N'ACCEPTE PAS cela. Amen.»

 

Nous sommes descendus. Mes perles glissaient plus vite entre mes doigts, Et mes doigts se sont arrêté tous ensemble pendant que nous faisions un atterrissage plein de grâce. Les pompiers et les femmes nous visaient avec leurs tuyaux juste au cas où. Je serrai la main moite d'Andres pour le féliciter pour son calme et son professionnalisme confirmé. Il ne pouvait pas parler, il était sous l’émotion. Mes quatre amis, n’ayant aucune idée de ce qui venait de se passer, me remercièrent profusément pour le voyage et étaient étonnés d'assister à un tel accueil généreux avec autant de camions de pompiers. Nous sommes sortis doucement en boitillant, y compris moi. Quand nous sommes revenus à Tabarre afin de reprendre notre travail, je me suis rendu seul à la chapelle et ait récité une prière en remerciement de la grâce divine à laquelle nous venions d'assister. Ce qui nous est presque arrivé, m'a remué au plus profond de moi.

Alors que je m’apprêtais à quitter la chapelle, la voix à l’intérieur de moi que je connais très bien m'a dit, « Attends. Ne pars pas déjà. Pas si vite. » Je me suis à nouveau agenouillé et ai attendu. Le ciel m'a dit : « C’était un beau discours juste avant l’atterrissage. Je l'ai beaucoup aimé Merci. Etais-tu sincère ? » « Oui, bien sûr que j'étais sincère. » « Je sais que tu étais sincère concernant la dernière partie, pour protester contre la mort de tes amis dans le feu. J'en suis certain. Mais penses-tu vraiment ce que tu as dit dans la première partie, que tu es prêt à mourir ? » « Oui » « En es-tu sûr ? » Que voulez-vous dire par là ? « Peut-être que tu étais en mesure de dire la première partie de la prière dans ton esprit, parce que la deuxième partie venait de ton cœur. La première partie venait-elle de ton cœur ? » Je ne suis pas sûr « Je préfère cette réponse. Tu peux y aller maintenant. Par ailleurs, j’admire ta gentillesse envers tes amis. »

 

Le Psaume 91 a été une consolation pour Jésus lors de sa grande souffrance. Il n’était évidemment pas une promesse physique. Il aurait été heureux si, au lieu d’être crucifié, il avait seulement heurté son pied contre une pierre. Le Psaume 91 ne s'applique pas non plus littéralement à mes quatre amis, qui n'ont pas seulement blessé leurs pieds, mais ils ont jeté leurs jambes entières à l’oubli. Et pourtant nous avons été délicatement posés au sol. Et ces mots réconfortent grandement. Nous apprenons que nous ne sommes pas seuls et que nous sommes très bien guidés et aidés. L’Esprit de Jésus n’a pas été terrassé par sa souffrance, mais a triomphé, peu importe ce qui est arrivé à son corps. Les esprits de Andral, Felicia, Clarisia et Ti Robert n’ont pas été terrassés par le tremblement de terre, peu importe ce qui est arrivé à leur corps. Andres n'a pas été violemment jeté contre les pierres de la panique et de la peur, les émotions qui pourraient avoir provoqué notre mort physique. Et j’ai été sauvé dans la chapelle d’un sentiment béat de fierté qui ne peut jamais rien apporter de bon à personne, nulle part. Nous sommes aimés, Nous sommes guidés, oui, tôt ou tard nous sommes blessés et nous mourons. Mais nous sommes aimés Et nous sommes guidés. Quelles nouvelles bénies. Merci d’être dans nos vies, pour vos attentions que ce soit envers nous ou le peuple haïtien que nous servons. Vos soins de près et de loin et pour vos prières de minuit. Tout cela compte beaucoup. C'est ensemble que nous allons nous lever et faire face à cette tragédie nationale plus récente, le passage de l’ouragan Matthew, guidés par les archanges mais aussi par ce qu'il y a de meilleur et de plus grand en chacun de nous.

 

Père Rick Frechette"

Port-au-Prince, Haïti

27 octobre 2016

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