Père Fréchette et Alourdes
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Lettre de Pâques du Père Richard Fréchette

Le Père Richard Fréchette, chef de mission pour NPFS Haïti, témoigne au sujet de la Pâques.

Cher amis,

 

Je l'appelle notre bureau, mais pour la demi-douzaine de personnes qui le partagent avec moi, ce lieu de travail est tout sauf un bureau. Il est situé juste à l'intérieur de l'entrée principale de notre hôpital pédiatrique St. Damien, juste à côté de la salle d'urgence.

 

C'est là que nous nous réunissons avant et après la messe, nous y recevons beaucoup de visiteurs pour le café le matin et nous nous y asseyons pour résoudre les problèmes qui nous préoccupent. C'est là aussi que nous stockons les housses mortuaires dont nous avons besoin pour d’éventuelles fatalités qui affectent la communauté. Nous y stockons également les kits médicaux qui nous permettent de sauter de nos chaises pour devenir des sages-femmes et porter assistance aux  femmes enceinte accouchant en urgence à même la porte de l'hôpital.

 

Depuis notre bureau, nous entendons également les pleurs des femmes qui viennent de perdre leur enfant. Nous essayons d’offrir des paroles de soutien face à une tristesse qui, bien au contraire, nous laisse sans voix. De là, nous nous précipitons souvent dans la salle d'urgence, juste à côté, pour intervenir lorsque les besoins d’un enfant gravement blessé dépassent ce que notre hôpital peut offrir. Oui, croyez-moi, beaucoup plus choses se passent dans notre «bureau».

 

C'est ici que j'ai rencontré Alourdes * et ses deux camarades, dans leurs uniformes scolaires tachés de sang, avec des plaies suturées, des bandages appliqués, et des médicaments à la main.

 

Il ne m'a pas fallu longtemps pour réaliser que ces trois enfants étaient handicapés et qu’ils étaient en route pour notre école St Luc, dédiée aux enfants en situation de handicap. Comme c’est le cas avec la plupart des enfants, les mères qui n'ont pas les moyens envoient leurs enfants à l’école en moto-taxi.

 

En effet, il n’est pas rare de voir des moto-taxis collectifs que se partagent jusqu'à cinq petits passagers, comme des enfants sur un toboggan, se dirigeant vers ou venant de l'école. De ce fait, plusieurs familles partagent ainsi le coût du transport.

 

Alourdes, qui ne parlait pas distinctement, essayait de me dire ce qui s'était passé en mimant la scène. La montée de la colline, les pneus qui se déchiraient, le basculement de la moto, les voitures qui ont manqué de les écraser, la façon dont le conducteur, lui-même blessé, les a tirés de la voie pour les mettre en sécurité, la gentillesse des infirmières de l’hôpital Saint-Damien…

 

Alourdes était une petite fille avec certains handicaps auxquels venaient maintenant s’ajouter de graves blessures. Elle essayait de tisser des liens avec une personne attentionnée et cherchait à partager l'histoire de son traumatisme et de sa souffrance.

 

Avant de m’endormir ce soir-là, je me suis mis à genoux, et j'ai dit:

 

«Vous devez plaisanter !

C’est cela, vous plaisantez?

Ces enfants n'ont-ils pas assez de problèmes avec leur handicap?

Avec leur pauvreté?

Et avec ce pays où tout est un défi, même pour les forts et les valides?

Fallait-il les jeter d'une moto et presque les écraser dans la rue?

Et maintenant, ils doivent supporter ces nouvelles blessures?

Vraiment, est-ce que vous plaisantez?

J’étais profondément touché par la tragédie, et je ne pouvais plus rien dire à Dieu, alors qu’il y avait tant de choses que j’avais à lui dire.

 

Le matin, j'ai entendu des mots dans mon cœur : - « Que feras-tu pour eux? »

 

J'ai commencé une routine : à la fin de chaque deuxième jour (qui sont tous longs et durs) j’allais visiter chacun d’entre eux dans leurs quartiers défavorisés. Ils venaient de différents endroits. Je leur apportais de la crème glacée ou d'autres friandises,  je parlais avec eux et leur racontais une histoire. Je l'ai fait jusqu'à ce qu'ils puissent retourner à l'école, puis je leur rendais visite régulièrement là-bas. Et ce, jusqu'à ce que les choses redeviennent normales.

 

Pour Alourdes cela a pris plus de temps que pour les autres. J’ai donc appris à mieux la connaitre.

J’ai aussi pensé que dans un milieu scolaire plus normal, elle pourrait réussir à parler.

 

Grâce à Kenson Kaas, directeur national de la petite enfance de NPFS Haïti, Alourdes a été inscrite à FWAL (Father Wasson Angels of Light), l'école primaire de NPFS.

 

Grâce à la volonté d'Alourdes de vivre et de s'impliquer, ainsi qu’aux personnes qui l’entourent, qui l’aide et qui l’aime, elle a commencé à parler. Même un peu trop!

 

La chimie qui fait que tout cela arrive est appelée la rédemption. De sa racine latine, cela signifie "racheter". Vous payez pour que quelque chose de bien se produise. Cela ne peut s’obtenir sans un sacrifice qui est offert avec joie.

 

La tante d'Alourdes l'a « rachetée » en prenant soin d’elle après le décès de sa mère lors de son accouchement.

L'école Saint Luc l'a « rachetée » en lui ouvrant les portes de son école et en stimulant son développement intellectuel.

Le conducteur blessé l'a « rachetée » en retirant son corps blessé du milieu de la route.

Nos infirmières l’ont « rachetée » par leurs compétences et leurs cœurs bienveillants.

 

A travers mes prières, j’ai compris qu’il ne servait à rien de ressasser la colère, mais qu’il valait mieux tenter de racheter Alourdes par l'amitié et la guérison des souvenirs.

 

L'école NPFS, la « rachète » désormais en s'assurant que les années difficiles de son enfance sont effacées par la camaraderie et l'apprentissage.

 

La célébration de Pâques est une histoire, encore plus large et plus profonde de la rédemption, de l'être racheté pour Dieu.

 

Le Seigneur de la Vie, dont l'œil ne dort jamais et dont le cœur est plus proche que du nôtre, travaille au travers de chacun de nous afin que le dernier chapitre de la vie d’Alourdes soit éternel, entier et glorieux. En fait, Dieu travaille ainsi pour chacun de nous.

 

Nous intensifions l’œuvre de rédemption autour de nous quand nous permettons aux gens de se sentir appartenir à notre famille humaine et leur faire sentir qu’ils sont importants pour nous; quand nous soulignons la joie et la signification qu’ils trouvent dans leur vie; et quand leurs efforts pour vivre et grandir sont célébrés. 

 

Remercions Dieu ensemble pour la rédemption quotidienne que nous vivons et savourons, et pour la

Grande Rédemption travaillée pour nous par Dieu tout au long de notre vie.

 

Nous, à NPFS, remercions Dieu pour vous, pour vos familles, pour votre soutien et vous souhaitons une joyeuse Pâques.

 

Fr. Rick Fréchette CP, DO

 

*Le nom de l’enfant a été changé pour la protection de sa vie privée.

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