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Noël après les vents et les pluies

A l'approche de Noël, le Père Richard Frechette, revient sur une année bouleversante en Haïti.

"Chers famille et amis,

 


Pour les plus privilégiés, Noël est célébré avec un sapin de Noël éclairé et décoré de façon festive, symbole de l’arbre de la vie dominant le jardin d’Éden.

 


Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations. (Rev. 22:2)

 

Cette année en Haïti, c’est avec un arbre de Noël différent qu’est célébré Noël – l’arbre brisé, l’arbre courbé, l’arbre tombé. L’arbre du jardin de la destruction.

 

Quelques jours après le passage de l’Ouragan Matthew qui a ravagé de nombreux paysages d’Haïti, nous nous sommes rendus dans la Province de Jeremie pour s’assurer que nos collègues et amis se portaient bien et pour demander aux gens comment nous pouvions aider. La plupart de notre voyage s’est déroulé durant la nuit puisque nous avions beaucoup à faire à Port au Prince et nous ne pouvions pas attendre la lueur du jour.

 

Coincés par les rivières et la boue, bloqués par des arbres tombés, nous avons du les coupés avec des machettes, dans le noir ou la couleur était inexistante. Les arbres autour de nous pointaient vers le paradis comme de sombres squelettes mendiants dans une sombre nuit.

 

Quand le soleil miséricordieux s’est levé ce matin là, les rayons de soleil et ses couleurs vibrantes laissaient place à des nuages grisonnants qui couvraient le soleil. Les couleurs de la vie étaient tombées des arbres et des jardins et étaient couvertes de boue grisâtre. La vie était comme un cimetière.

 

Les gens commençaient à émerger de leur maison sans toit pour accueillir un nouveau jour avec courage. Ils constataient leur jardin détruit et leur bétail noyé.

 

Quand j'ai vu une vieille femme jaugeant la boue avec son oeil et sa canne faite d'une branche d'arbre tordue, je lui ai demandé comment elle était.

 


« Nous ne sommes pas encore complètement morts mon ami. Nous sommes toujours là! »

 

Toutes ces années de familiarisation avec le deuil et l'amour de la vie qu'elle a récolté de ces années incarnent les anciennes paroles d'Habacuc:

 

17 Puisque le figuier ne fleurira pas, la vigne ne produira rien. Le fruit de l’Olivier manquera et les champs ne donneront pas de nourriture. Les brebis disparaitront du pâturage et il n’y aura plus de boeufs dans les étables. Toutefois, je veux me réjouir en l’Éternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut. (Hab 3:17-18)

 

Tout au long de la route, les enfants mendiaient. Leurs mains tendues vers le haut, ils ressemblaient aux arbres fantômes qui les entouraient. Sauf qu'ils avaient des yeux chauds et perçants.

 

"S’il-vous-plait étranger, donnez-moi quelque chose, n’importe quoi."

 

Il y aura deux sortes d'enfants dans le monde le jour de Noël: Les enfants privilégiés qui se réveilleront le matin de Noël avec un petit déjeuner copieux et des cadeaux sous l'arbre de Noel, et beaucoup d'autres enfants qui seront dehors sur les routes et les chemins, affamés, mendiant pour n'importe quoi, tout ce qui peut leur tomber sous la main.

 

Les voyages ultérieurs à la province de Jérémie pour apporter de l'aide furent effectués grâce aux hélicoptères, mais trente jours plus tard, nous y retournâmes par terre et non par air.

 

C'était beau de voir combien le soleil avait été bon pour les longs kilomètres de campagne pendant ces trente jours. Le soleil avait rétabli la végétation et sa couleur luxuriante, qui dans cette première phase de la repousse, avait été coupée bas sur le sol, avec de petits bourgeons sur les arbres.

 

Quelques oiseaux trouvaient des branches pour s'y asseoir et chanter.

 

Puisque que nous élevons des abeilles, un homme plus âgé de Saint-Victor nous affirmait avec ardeur qu’il ne lui restait plus que huit des 167 ruches sur sa ferme. Nous sommes allés avec lui pour voir les ruches restantes. Vous vous imaginez bien que ni ces boîtes ni les petites ailes d'une abeille ne peuvent résister aux vents de 241 km par heure. Les abeilles qui lui restaient n’ont pour le moment aucun endroit où butiner.

 

Jean Marie nous a dit qu'il produisait 75 gallons de miel chaque année.C'était bon pour sa famille, bon pour ses clients, bon pour le marché, et surtout bon pour la mère nature.

 

Voici le cycle: Le soleil produit les fleurs, les abeilles répandent le pollen fertile, et avec le nectar ils produisent le miel d'or, qui était un des deux mots utilisés pour décrire la terre promise à Moïse. (Le miel, avec ses vitamines et ses minéraux, et ses propriétés antiseptiques, antifongiques et antimicrobiennes, est une des façons dont les «feuilles de l'arbre de vie guérissent les nations»)

 

La vie retournant lentement à son cours, notamment la régénération de la nature au cours de ces trente derniers jours, reflète bien le voyage des trente jours qui mènent à Noël, ce que nous appelons l'Avent.

 

L'Avent est comme ceci:

 

Le monde fatigué, interpellant Dieu de sa grisaille et de son déchirement, de ses guerres et de ses famines, avec les bras de l'humanité élevés vers le ciel, entend la promesse des grands prophètes que le Messie viendra.

 

Le ciel et les gens de la terre commencent à se préparer, commencent à se repentir, commencent à montrer les signes d'une vie nouvelle. Un Sauveur sera né dans notre monde. Le Sauveur nous enseignera le chemin de la vie droite et le chemin de la paix.

 

Il garantit la victoire sur la mort pour tous ceux qui ont le courage de le suivre.

 

Puis, après de longues préparations, à Noël nous célébrons la naissance du Sauveur de notre histoire et notre famille humaine, et nous proclamons que oui, nous sommes courageux, et nous voulons suivre cette voie.

 


La terre recevant le soleil généreux et doré, les abeilles prennent le fruit des fleurs et se transforment en une douceur dorée et curative. Nous aussi, par la les mouvements du Sauveur en nous, sommes animés par le désir de paix sur la terre, de bonne volonté envers tous les peuples, pour le triomphe de la miséricorde, et par le souhait de partager les bénédictions de tout ce que nous avons reçu. Nos coeurs sont refaçonnés et deviennent dorés. Nous aussi devenons la manière dont les «feuilles de l'arbre de vie guérissent les nations ».

 

Je vous donnerai un nouveau coeur, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. (Ezekiel 36 : 26)

 

Alors que 2016 touche à sa fin, nous vous remercions de l'amour merveilleux que vous avez pour le peuple haïtien. Nous vous remercions pour votre générosité, votre coeur de chair, sensible aux souffrances des personnes en détresse.

 

Nous vous remercions pour votre coeur de Noël.

 

Sachez que ce Noël sera plus lumineux pour des milliers de familles en Haïti qui continuent à recevoir, grâce à votre bonne volonté, des montagnes de nourriture, des acres de graines pour leurs jardins, de nouveaux champs de bananes et de noix de coco, le retour de leurs troupeaux, un simple toit au-dessus de leurs têtes, et surtout, le sentiment chaleureux de savoir que quelqu'un se soucie d’eux.

 

Joyeux Noël à vous – et tous nos remerciements !

 

Et beaucoup de bénédictions dans la nouvelle année!"

 

 

Père Richard Frechette

 

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