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PORTRAIT – Kenson Kaas

À 31 ans, Kenson Kaas est directeur national de Nos Petits Frères et Sœurs Haïti. L’association d’aide à l’enfance au sein de laquelle il a grandi. À travers son exemple et sa foi inébranlable, il veut montrer aux jeunes que l’espérance est possible.

L’entraide comme credo

À 31 ans, Kenson Kaas est directeur national de Nos Petits Frères et Sœurs Haïti. L’association d’aide à l’enfance au sein de laquelle il a grandi. À travers son exemple et sa foi inébranlable, il veut montrer aux jeunes que l’espérance est possible.

La connexion a beau être aléatoire, le rire de Kenson Kaas pétille. Et alors que Skype coupe la communication pour la troisième fois, c’est son sourire qui nous accueille à nouveau. Un sourire que n’entame pas le poids de sa tâche en tant que directeur national de Nos Petits Frères et Sœurs Haïti, qui vient de fêter ses trente ans dans le pays.

Chaque jour, le jeune homme de 31 ans doit décider d’accueillir ou non un enfant supplémentaire dans un des trois foyers dont il a la charge.

« Une décision pas facile quand on a grandi là soi-même et que l’on sait à quel point un accueil peut changer une vie. » 

Kenson n’a jamais connu sa famille : « Je sais seulement que je suis né à l’hôpital général de Port-au-Prince…» À cinq ans, souffrant de malnutrition, il arrive chez les sœurs de Mère Teresa qui tentent de le soigner. Au bout de deux ans, son état ne s’améliorant pas, elles le confient à l’hospice Saint-Damien, fondé par Nos Petits Frères et Sœurs. Il est si faible qu’il restera là aussi deux années, avant de rejoindre le Foyer Sainte-Hélène, à Kenscoff, un faubourg de la capitale Haïtienne.

« J’y ai tout appris, confie-t-il sobrement, la confiance, la responsabilité, l’importance de l’école, mais surtout la sécurité d’un foyer… »

Des valeurs qu’il tente aujourd’hui de transmettre à quatre cents enfants. Un foyer, c’est ce qui manque le plus à Kenson quand, à 17 ans, il quitte Sainte-Hélène pour devenir électricien dans le bâtiment. « Ce furent des années difficiles, explique-t-il. Je vivais à droite, à gauche, sans port d’attache. J’ai même dormi sur le toit d’une maison pendant un an. Seule la foi m’a permis de tenir : je savais que Dieu ne m’abandonnerait pas. »

Une fois électricien, il participe à la construction du nouvel hôpital Saint-Damien de Nos Petits Frères et Sœurs et ouvre un petit cybercafé.

Le séisme du 12 janvier 2010 détruit les rêves du jeune entrepreneur : de sa petite affaire, il ne reste plus rien. Dès le lendemain de la catastrophe, Kenson, avec plusieurs anciens des foyers NPFS, propose son aide à l’association. Alors que l’on dénombre deux cent mille victimes et plus d’un million de personnes à la rue, des centaines d’enfants ont aussi perdu leurs parents. « Il fallait les nourrir, les soigner, les rassurer », se remémore-t-il.

Quant au nouvel hôpital, il est gravement touché. Kenson décide de participer à sa remise en état. « La cataclysme m’a permis de réaliser que Nos Petits Frères et Sœurs était ma famille, ce foyer qui me manquait tant. J’ai tellement reçu ici ! Maintenant, c’est à moi de donner. »

Sa présence à la tête des enfants de l’association, il la voit comme un moyen de montrer l’exemple aux plus jeunes : « Je suis la preuve vivante que l’on peut faire quelque chose de bien dans sa vie, même quand on est parti avec peu. »

Tel un grand frère, Kenson Kaas prend régulièrement la route pour visiter les enfants, accompagner les plus grands et rencontrer les anciens : « J’essaie de leur montrer que malgré la situation très dure dans le pays, l’espérance est possible. » Une espérance qu’il puise dans la prière quotidienne et la messe à laquelle il participe « le plus souvent possible, pour recharger les batteries ».

Anna Latron

Panorama