LETTRE DU PERE RICK – 23/05

 

Chers amis,

Aujourd'hui, trente jours après mon accident, c’est moi qui aurait pu être le sujet de la messe commémorative mensuelle. Cette pensée me remplit de tristesse.

J'ai été impliqué dans un grave accident qui aurait pu causer ma mort. J’ai pu bénéficier de soins importants et de beaucoup d’attention. Avec l'hospitalité, les prières et les soins que j’ai reçu, il était presque impossible de ne pas aller mieux !

Une des premières choses à laquelle j’ai pensé pendant mon rétablissement était, combien il était triste que tant de gens, partout dans le monde, n'aient pas accès de tels soins, en raison de leur pauvreté.

J’ai songé au désespoir que j’aurais ressenti si j'avais été dans la situation de ces gens, sans personne pour m’aider. Cela m'a déterminé à travailler 5 fois plus à mon retour en Haïti, pour généraliser l’accès au soin et permettre aux plus pauvres d’en bénéficier.

De retour à Haïti, il y avait 3 énormes défis auxquels je devais faire face :

-La saison des pluies qui a contribué à la propagation du choléra et d’autres maladies dangereuses

- Les deux hôpitaux publics de Port-au-Prince sont en grève malgré beaucoup de patients dans le besoin. Ces personnes s’adressent donc à nous, et nous nous devons de les aider.

- Nos centres de choléra et de réhydratation ont subi une baisse des financements en raison de déficits.


Mon récent accident, qui aurait pu causer ma mort, a renforcé mon obsession : la détermination à soulager la souffrance humaine, en particulier celle des personnes pauvres, quelque soient les obstacles. Au cours des derniers jours, j’ai lancé un appel informel pour récolter 250.000 $ pour nous aider à gérer les patients atteints de choléra qui viennent dans nos hôpitaux. Six ans après le début de l’épidémie,  de nouveaux cas sont encore à prévoir avec le retour des fortes pluies. Cet argent sera utilisé de cette façon:

-10% À investir dans l'élimination de l'eau stagnante des pluies, dans les zones où nous travaillons à Cité Soleil et Wharf Jeremy, pour réduire le risque de choléra;

-20% À investir dans la purification de l'eau, l’achat de médicaments, du savon et chlorox dans les communautés où nous travaillons, pour aider à la prévention du choléra;

-50% Pour le fonctionnement nos centres de réhydratation (choléra et autres maladies diarrhéiques);

-20% Afin d'accroître la capacité en fonction des besoins et de partager notre matériel avec des cliniques en les provinces qui appellent à l'aide.

Hier soir, à 22:00, je me suis rendu dans une ville voisine où se trouvait une vieille femme de 84 ans en détresse respiratoire, accompagnée de sa famille. Il n'y avait pas de place pour elle dans notre hôpital St Luke. La famille nous a suppliés de la prendre, même installée sur le sol. Mais ce n’était pas un problème d’espace : la nuit dernière par exemple, nous ne pouvions tout simplement pas lui fournir de l'oxygène, tous les réservoirs et les connecteurs de réservoir étaient en pleine utilisation.

J'ai finalement pu l’amener dans l'hôpital privé d'un ami. J’ai pu dormir sereinement cette nuit, parce que je savais que cette grand-mère (Lucille) était dans de bonnes mains.

Je vous remercie.

Que dieu vous bénisse,

Je vous adresse mes meilleures salutations.

Fr Rick Frechette

 

 

 

 

 

 

Après avoir subi mi-mars un grave accident de moto, le Père Fréchette s'adresse à la grande famille de NPFS pour se confier sur ses sentiments et la situation de NPFS en Haïti.